Une vision politique et idéologique du monde

A travers ses personnages, au coeur de la narration, dans les situations les plus diverses, les dialogues et les pensées, Grossman se livre à une remise en cause profonde de ce qu’est l’ URSS . Il dresse le tableau d’un état totalitaire, force de contrôle et de répression, il dénonce la trahison des idéaux de la révolution de 1917, dans la mise en place d’un Etat qui nie l’individu dans sa singularité propre, jusqu’à la répression le plus extrême. L’état stalinien présente en ce sens de nombreux points communs avec celui de l’Allemagne nazie. Comme défenseur acharné de la dignité de la personne humaine, Grossman témoigne dans son roman d’une réalité politique hybride en Europe. Il s’insurge contre le nazisme et les crimes de masse qu’il met en oeuvre en Russie et ailleurs , il dénonce dans le même temps les atteintes à la liberté individuelle dont l’URSS de Staline s’est rendue coupable, malgré son combat contre le nazisme. Il n’existe qu’une alternative pour Grossman, redonner à chaque être humain, le contrôle de sa vie, dans son individualité souveraine et sa liberté.

L’aspiration de la nature humaine vers la liberté est invincible, elle peut être écrasée mais elle ne peut être anéantie. Le totalitarisme ne peut renoncer à la violence. S’il y renonce, il périt. La contrainte et la violence continuelles, directes ou masquées, sont le fondement du totalitarisme. L’homme ne renonce pas de son plein gré à la liberté. Cette conclusion est la lumière de notre temps, la lumière de l’avenir. (Chap 49, 1ère partie, un des rares passages dans lesquels Grossman s’adresse directement au lecteur)

Les outils de l’Etat stalinien: la peur, le silence, l’illusion.

Grossman met en scène la peur rampante, celle qui s’insinue dans la vie et les pensées de tous les jours, plus qu’au front ou dans les prémices de la mort, elle est tapie dans le quotidien des personnages, elle implique le silence, la rumeur, les dénonciations, un univers de mensonges et d’hypocrisie.

A Kazan, Strum est un habitué de la petite pièce qu’habite Sokolov, et sa femme. On y fait souvent salon et à l’occasion du huit clos, les plus courageux expriment critiques et dénonciation du régime, Madiarov est de ceux là. Grossmann montre comment la peur insidieuse influence la réaction des autres, Sokolov qui reste « de béton armé », Strum qui tergiverse : « dès que Madiarov se mettait à critiquer l’Etat soviétique, Strum le contredisait ; mais quand Sokolov s’en prenait à Madiarov, Strum le critiquait à son tour« . A l’occasion de cette soirée de discussion, Strum se remémore comment la peur peut l’habiter.:

Un jour, alors qu’il était étudiant en dernière année, Strum dit soudain à son camarade de cours:Impossible à lire, c’est d’un ennui mortel! et jeta par terre la Pravda qu’il lisait. A peine l’eut-il dit qu’il se sentit gagné par la peur. Il ramassa le journal, l’épousseta, fit un petit sourire étonnant de bassesse;bien des années plus tard, il se couvrait de sueur au seul souvenir de ce sourire de chien battu.
Quelques jours plus tard, il tendit à ce même camarade un numéro de la Pravda et dit d’un ton animé :
–       Dis donc Gricha, tu devrais lire l’éditorial, c’est drôlement bien
Le camarade prit le journal et dit d’un ton apitoyé :
–       Notre Vitia était peureux…tu pensais que j’allais te dénoncer » « …Un petit sourire étonnant de bassesse ;
. (1ère partie, chap.62)

Pour contrer la peur, il reste le silence:

      Le silence s’impose partout, même dans une conversation familiale. A Oufa chez Démenti Trifonovitch Guetmanov, secrétaire du parti d’une des régions d’Ukraine occupée par les Allemands, nommé commissaire politique d’un corps d’armée de blindés, en formation dans l’Oural avant de rejoindre Stalingrad. 

  « Le camarade Staline a ses deux fils au front, dit le frère de la maîtresse de maison. Le deuxième Iakov, commandait une batterie. Plus exactement c’est lui le premier, Vassili est le cadet, et Iakov l’aîné. Le pauvre gars, il a été fait prisonnier. Il se tut sentant qu’il avait touché là un sujet tabou. Cherchant à rompre le silence pesant qui s’était instauré, il poursuivit sur un ton insouciant : A propos, les Allemands lancent des tracts parfaitement mensongers qui affirment que Iakov Staline leur donne volontiers toute sorte d’indications Mais le vide autour de lui se fit encore plus inquiétant, il venait d’évoquer quelque chose dont on ne pouvait parler, que cela soit sérieusement ou non ; il convenait de l’éviter, un point c’est tout » (chap 20, 1ère partie)

Le silence comme garde-fou contre la spirale du vide, n’empêche pas la rumeur, insidieuse, et les propos peuvent ici annoncer le pire à venir.  Dans cette même conversation à Oufa, se profile ainsi la disgrâce de Krymov, qui clôturera le roman :

  « Ce Krymov, je m’en souviens, il n’est pas net. Il a depuis longtemps des liaisons et avec les trotskystes et ave les droitiers. Et si l’on examine de près…  Mieux que quiconque Machouk savait ce dont il avait le droit de parler et ce qu’il fallait taire » (chap 20, 1ère partie)

C’est la rumeur également qui se répand insidieusement à l’Institut de physique à Moscou, après le retour de Strum. Ses récentes découvertes sont bientôt suspectées de s’éloigner des normes scientifiques, le questionnaire auquel il doit répondre est un exemple cinglant d’absurde, dans le mépris et la négation de la personne. Il illustre la manière dont l’état soviétique parvient à faire naître chez ceux qu’il condamne, ce sentiment de culpabilité qui conduit aux aveux. Sentiment qui n’est pas épargné à Strum alors qu’il doit préparer une intervention pour se repentir. Le caractère formaté de la repentance est souligné par ses interlocuteurs:

« L’essentiel est que vous vous repentiez. Quelque chose du genre: « je reconnais mon erreur, je reconnais avoir dénigré, j’en ai pris conscience et je promet de m’amender »Vous voyez le style? D’ailleurs vous êtes au courant, ce sont des lettres standard. Mais en tout cas ça marche ça ne peut que vous aider » chap.21, troisième partie.

La peur et le silence assurent à l’Etat une emprise totale , elle ne se dément pas, même au plus fort de la répression.Malgré ses moments de lucidité: Strum renonce à se repentir devant ses pairs, il reconnait sa propre lâcheté devant les crimes de 1937, il finit par rentrer dans le rang, lorsque Staline lui fait l’honneur de lui dire quelques mots au téléphone. De même, le zek Abartchouk, de sa geôle sibérienne, reste persuadé que l’Etat a toujours raison.

Il disait: « On ne met pas en prison pour rien, il pensait qu’il n’y avait qu’un groupe infime dont il faisait partie, mis en prison par erreur et que les autres, l’immense majorité, l’avaient été à juste titre; le glaive de la justice avait frappé les ennemis de la révolution. (chap 39, 1ère partie)

Les illusions vont si loin dans la tête de ces hommes cassés, qu’ils ont parlé de créer une cellule dans le camp « pour aider le parti » et Néoumolimov qui a commandé une brigade de cavalerie dans l’armée rouge, demande à être envoyé au front et veut écrire à Sémion Boudienny, son ancien chef, maréchal de l’URSS. Les personnages déchus de leur rôle majeur pendant la révolution sont nombreux dans le roman, le vieux bolchevik Mostovskoï en est un exemple. Sa fidélité au parti ne se dément pas, il reste inébranlable, jusque devant les propos de Liss, qui l’invite à reconnaître les points communs que partagent les deux régimes, nazi et stalinien.

Les moyens de la répression: état tentaculaire, répression de masse, négation de l’individu.

Les moyens de la répression: négation de l’individu, répression de masse, état tentaculaire: Allemagne nazie, URSS: des fonctionnements similaires.

En une dizaine de pages, le chapitre 14 de la 2ème partie, renvoie dos à dos les deux régimes, dans ce dialogue entre le gestapiste Liss et le bolchévique Mostovskoï, rendu moins improbable qu’il n’y parait à travers les mots de Grossman. Il réussit dans ces quelques pages à faire surgir derrière les étiquettes politiques ce que ces deux personnages peuvent d’abord éprouver comme êtres humains. « Liss n’a pas toujours porté son uniforme« , il s’adresse en ces termes à Mostovskoï dans les premiers instants de leur entretien, ce dernier, rebuté par les propos de l’Allemand, s’aperçoit vite, qu’ils réussissent à le troubler, à faire naître le doute dans son esprit, jusqu’à prendre conscience qu’il pourrait alors, en leur donnant foi, aller jusqu’à condamner Lénine . Liss lui même prononcera les termes qui condamnent Lénine, sa dissolution de l’assemblée constituante marque la naissance d’un état totalitaire, le vieux bolchévique choisit de faire taire ses doutes pour ne rien leur céder et rester aveugle dans ses certitudes. Un aveuglement dont Grossman fait une constante dans son récit, notamment à travers Strum et sa lâcheté.

Les propos de Liss vont plus loin encore dans le constat de la véritable nature de l’état soviétique. Grossman lui fait constater à quel point le soin de l’écrasement de toute opinion individuelle rapproche les agissements de l’état soviétique de ceux de l’Allemagne nazie. La souveraineté absolue et sans partage du parti et de l’état ont ouvert en Allemagne les camps de concentration ou furent enfermés communistes et sociaux démocrates, à l’identique ou presque, avec une pratique de la terreur plus insidieuse, les vieux bolchéviques se sont retrouvés à la barre des procès de Moscou en 1937, dans de pitoyables aveux, avant d’être exécutés ou de se retrouver en Sibérie. Dans les deux états ce sont les priorités du pouvoir qui font force de loi, les principes philosophiques ou éthiques s’alignent sur la répression nécessaire  » Si le Comité central vous avait chargé de renforcer le travail de la Tchéka, auriez vous pu refuser? Non, vous auriez mis de coté votre Hegel et vous y seriez allé. Nous aussi nous avons mis de coté Hegel. » (Chap 14, 2ème partie)

Grossman pousse la comparaison des deux régimes jusqu’à évoquer l’antisémitisme: » Aujourd’hui vous êtes effrayés par notre haine du judaïsme. Mais il se peut que demain vous la repreniez à votre propre compte. » (Chap14, 2ème partie) . Il ne peut y avoir de plus claire allusion à ce que l’écrivain vit au moment de la rédaction de son livre, de l’élimination des protagonistes du « Livre Noir » jusqu’au prétendu complot des blouses blanches en 1943.

Grossman peut ainsi faire dire à Liss: » Quand nous nous regardons, nous ne regardons pas seulement un visage haï, nous regardons dans un miroir »

La dénonciation de l’état stalinien, antisémite, répressif, enfermé dans un système inhumain, est ainsi menée tout au long du roman par Grossman. Ce sont ses personnages qui les portent, dans leur faiblesse, leur lâcheté, leurs doutes, comme Strum ou comme Krymov. Ils peuvent aussi tenter d’ y échapper avec des éclairs de lucidité voire d’héroïsme comme Novikov dans l’ultime offensive à Stalingrad ou encore Grekov dans la maison 6bis à Stalingrad, qui tient autant tête aux allemands qu’aux soupçons de sa hiérarchie, bien soviétique.

Cette dénonciation constante, dans le roman, des crimes de l’état stalinien, peut se passer d’une narration exhaustive de la réalité des camps en Sibérie, Grossman choisit d’autres biais pour décrire cet arbitraire, ceux qui, moins spectaculaires, ruinent également la liberté de conscience et la dignité de chacun.

Il consacre néanmoins trois chapitres de la première partie du roman à la présentation des camps de Sibérie. Il met en scène Abartchouk, premier mari de Lioudmila Chapochnikov, en butte à un système dont la logique n’a rien a envier à ce qui pouvait exister dans les camps nazis, la solution finale en moins. Il évoque également les camps à travers les souvenirs d’Ershov, l’un des co- détenus de Mostovskoï en Allemagne (1ère partie).

Dans cette région de camps, le cimetière s’était fondu avec le village et la même mousse recouvrait le pied des isbas, les toits des cahutes, les tombes et les marais Le père parlait de la famine, de la mort de voisins, de vieilles femmes devenues folles, d’enfants dont le corps ne pesait pas plus lourd qu’un poulet; il parlait des hurlements de faim qui régnaient jour et nuit dans le village; il parlait des maisons condamnées aux fenêtres aveugles. Il raconta les cinquante jours de voyage en plein hiver, dans des wagons à bestiaux aux toits crevés, des morts qui continuaient leur route avec les vivants….(Chap 68- 1ère partie)

Une rencontre fortuite entre Alexandra Chapochnikov et un rescapé revenu des camps, permet à Grossman de rappeler au lecteur la disparition de Dimitri Chapochnikov quelque part en Sibérie.

Et il t’a expliqué comment cela se faisait qu’il était libre? demande Nadia.

Ce qu’il raconte, c’est incroyable, c’est tout un monde, on dirait un mauvais rêve. C’est comme s’il venait d’une autre planète. Ils ont leur coutumes, leur Moyen Age et leurs Temps Modernes à eux, ils ont leurs dictions et leurs proverbes.Je lui ai demandé pourquoi on l’avait libéré; il s’étonna de mon ignorance. « Comment dit-il vous ne savez pas ? J’ai été radié pour vétusté » et à nouveau je n’ai pas compris. Il m’a expliqué: les mourants, les crevards, on les libère.(Chap 9, 2ème partie)

Le choeur des sirènes du nord, proches ou lointaines, hurlait toujours. Leur hurlement s’étendait sur la région de Krasnoïarsk, sur la République autonome de Komi, sur les neiges de la Kolyma, sur la toundra de la Tchoukotka, sur les camps de Mourmansk et du Kazakhstan du nord… Levés par les sirènes, par des coups de barre contre un rail suspendu à une branche, les hommes partaient extraire la potasse de Solimansk, le cuivre de Ridder et des rives du lac Balkhach, le plomb et le nickel de la kolyma. Ils partaient abattre le bois en Sibérie, dans l’Oural du nord, dans les régions de Mourmansk et d’Arkhangelsk. Dans la neige et la nuit, la journée de travail avait commencé sur toute l’étendue de l’énorme système des camps du Dalstroï. (Chap 38 1ère partie)

La « solution finale », spécificité du nazisme, négation absolue de la personne humaine au service d’un Etat. Grossman l’évoque avec précision, elle ne dédouane pas le régime soviétique de ses propres responsabilités dans la terreur qu’il a mise en place pour gouverner.

Vassili Grossman montre dans son roman la mise en place de la solution finale par les nazis, dans la première et la seconde partie du roman. Elle s’articule autour de deux femmes: Anna Semionovna Strum et Sofia Ossipovna Levintone mais avec elles prennent vie d’autres personnages, ukrainiens, juifs ou non juifs: Natacha Karassik, Moussia Borissovna, Nahim Rosenberg, le petit David. Dans leurs propos, leurs pensées, ils mettent en lumière la vie en Ukraine dans les terribles années 30, dans leur vécu, ils font le constat de la barbarie nazie

Dans ces chapitres, Grossman est au plus près de la vérité historique. Correspondant de guerre, il est présent sur le terrain. Membre du Comité Antifasciste Juif, il partage avec Ilya Ehrenbourg la rédaction du Livre noir des crimes perpétrés par les armées allemandes contre les populations juives. A ce titre, il rassemble les témoignages des survivants, les lettres , les archives disponibles, il met en forme son propre témoignage et ses réflexions lorsqu’il pénètre dans le camp de Treblinka (L’enfer de Treblinka). Il puise dans ce vécu pour écrire Vie et destin.

La construction de la narration est extrêmement rigoureuse:

La lettre qu’Anna Semionovna envoie à son fils Victor Pavlovitch, occupe un chapitre entier, il introduit très tôt dans la première partie (chap 17)comme un chant funèbre, le traitement de l’anéantissement des juifs, il est également pour l’auteur un aveu expiatoire de son sentiment de culpabilité par rapport à sa propre mère dont Anna Semionovna est le double. Présent à Berditchev, deux ans après les faits, il consigne les témoignages recueillis dans le Livre Noir. Ce chapitre, d’une intensité particulièrement forte est ainsi autant le fruit de ses observations que celui de ses remords et de son amour pour sa mère.

Se succèdent ensuite 9 chapitres, (41 à 49) qui permettent à l’auteur de mettre en scène ses personnages, dans le wagon qui les conduit au camp. Dans le chapitre 45, il met en scène Natacha Karassik, sortie vivante de l’amas des corps massacrés dans la fosse,  » on entendait dans la fosse, le sang ruisseler; il courait sur les corps blancs comme sur des pierres blanches ». Il s’appuie là sur des témoignages qu’il a recueilli, des survivants du massacre des juifs de Berditchev, on trouve dans le Livre Noir, un témoignage identique.

La part du vécu est si forte que l’auteur prend lui même la parole dans le roman, avec les mots de l’historien et du philosophe, à la fois en distance et dans une proximité bouleversante:

Dans le chapitre 41, il introduit les chapitres qui vont suivre, il le termine avec ces mots : « En particulier, le 12 septembre 1942, à l’apogée des succès militaires du national socialisme, les juifs des pays d’Europe sont déclarés hors la loi et passent sous la juridiction de la Gestapo. Les dirigeants du parti et Adolf Hitler en personne prirent la décision d’anéantir le peuple juif.« (chap 41, 1ère partie)

Le chapitre 49 est le dernier qu’il consacre à l’extermination des juifs dans la première partie, en forme de conclusion, il se remet à distance de son texte et insiste surtout sur les conditions qui permettent les massacres humains à cette échelle, il examine les ressorts de la soumission de ceux qui sont complices des crimes de masse sans broncher…Si la responsabilité des dirigeants nazis est admise, la complicité implicite du stalinisme est dénoncée. Dans les campagnes ukrainienne, le terrain de la haine a été préparé dans les années 30…

L’abattage du bétail malade demande des préparatifs: il faut transporter le bétail, le rassembler, trouver du personnel qualifié, creuser des fosses..Aussi est-il indispensable de préparer une campagne d’abattage d’êtres humains d’une façon particulière…il est indispensable de faire naître la répulsion et la haine dans la population. (chap 49, 1ère partie)

Dans la deuxième partie, neuf chapitres sont consacrés à l’anéantissement de la population juive d’Ukraine, du chapitre 41 au chapitre 49, ils sont construits symétriquement aux chapitres consacrés au même sujet dans la première partie. Grossman s’attache ici à la phase industrielle de la solution finale. celle qui se met en place à partir de janvier 42, après la conférence de Wannsee, en symétrie avec la première partie , dans sa phase industrielle, à partir de janvier 42 celle là même qui conduit les détenus russes du camp allemand où ils sont déportés, à s’interroger sur le terrassement prévu d’une chambre à gaz. ( chap 65, 1ère partie)

Le chapitre 41 fait pénétrer le lecteur sans transition dans cette dimension scientifique de l’extermination:

« Il faisait bon dans le bloc du Sonderkommando qui desservait la chambre à gaz, le dépôt de Zyklon et les fours crématoires »

Dans ce bloc se côtoient: des allemands : Le soldat Rosé, qui n’aime pas son travail mais transmets à sa femme quelques couronnes en or que lui aura données le dentiste , le sturmbahnführer Kaltluft qui lui, aime « son travail » avec une rigueur froide. Les détenus: Joutchenko qui prend plaisir à donner la mort, Anton Khelmov, autrefois était coiffeur dans la ville de Ketch, «  parfois horrifié par son travail et le soir, écoutant le rire de Trofime Joutchenko, restait allongé dans une stupeur froide et lourde ».

Le décor est ainsi planté, Sofia Ossipovna et le petit David, descendent du wagon :  » Une grande ville s’ouvrit aux yeux des voyageurs..au nord-est un halo noir et rouge montait dans le ciel…les sélectionnés furent alignés en rang par cinq face à l’inscription au dessus du portail du camp: Arbeit macht Frei… » Puis ils marchent vers la mort

Mais son coeur vivait encore; il se serrait, souffrait, vous plaignait, vous , les vivants et morts; des vomissements jaillirent, Sofia Levintone serra contre elle David, poupée sans vie, et elle devint morte, poupée.(chap 48, 2ème partie)

I

Publié par Chestakova.

Lectrice: tout un monde.

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